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  • Quartier Japon

Portrait d'un mangaka, Thomas

Thomas a réalisé l'illustration manga de la série "Les Mystérieuses Citées d'O" et, depuis, il réalise en auto-édition sa propre série "Guide". En parallèle, il anime notamment réugièrement pour Quartier Japon, dans le cadre d'animations en médiathèques, entreprises, agences évènementielles, festivals.

Aujourd'hui, il nous parle de son métier !

Quartier Japon (QJ) : Peux-tu te présenter d'une façon générale ?

Thomas Bouveret (TB) : Avec plaisir. Donc enchanté Stéphane !

J'ai plusieurs casquettes :

  • je suis animateur d'ateliers manga,

  • je suis aussi mangaka à la française ; au sens où on a notre propre interprétation du manga. Je pense que nos mangas français, ça peut varier par rapport à un manga japonais,

  • de temps en temps je réalise aussi des portraits manga sur commande,

  • et je suis aussi auteur de mangas, à la fois par le biais de l'édition que de l'auto édition.

    • J'ai commencé par être édité vers 2011 chez Vent d'Ouest - groupe Glénat, pour un premier one shot. Ensuite, en discutant avec un ami, nous avons pensé à adapter en manga « les Mystérieuses cités d'or » ; celles-ci ont donc été éditées ensuite par Kaze Manga – aujourd’hui Crunchyroll - en 2013 le premier volume et en 5 volumes jusqu'en début 2016.

    • Après, j'ai fait mon premier manga en auto-édition « Guide », sorti en 2021, le tome 2 sorti en 2023 et actuellement le tome 3 prévu pour automne 2024.

  • Je participe aussi en plus à des festivals pour promouvoir mes mangas et aussi de temps en temps pour animer des ateliers pendant ces festivals selon les demandes.

 

QJ : Avant de faire ces activités manga, quel était ton parcours, tu étais qui ?

TB : J'ai fait des études, il y a longtemps, d'informatique, d’infographie entre autres. Après, je suis allé dans une école à Paris, de manga-communication. Ensuite, à travers le réseau que j'avais alors, j'ai pu présenter différents projets manga que j'avais ; certains ayant abouti et d'autres non.

Mes premiers ateliers manga, je les ai commencés à la Fnac, aux alentours de 2007-2008.

QJ : Donc maintenant tu vis de ton activité autour du manga ou tu as une autre activité alimentaire à côté ?

TB : Actuellement que je suis en auto-édition, je fais aussi d'autres activités à côté, dont des animations d’ateliers. Par contre, je ne fais que des activités en rapport avec le manga ; pas de travail alimentaire qui n'a aucun rapport avec le manga.

Avant, quand je faisais « Les Mystérieuses cités d'Or », je ne faisais que ça. Je n'avais pas besoin de faire d'autres activités à côté et je ne faisais pas d'ateliers manga, car ma rémunération me le permettait.

 

QJ : Dans toutes tes activités, quelles sont tes préférences et s'il y en a qui ne te bottent pas vraiment, dans ce cas, tu y vas bah parce que tu n'as pas le choix ? Ou, dans tous les cas, tu y retrouves quand même quelque chose qui te qui te fait plaisir et qui est motivant pour toi ?

TB : Pour être franc, l'activité que je préfère, c'est la création de manga. Après, j'aime bien aussi les animations des ateliers manga ; tout dépend du groupe d'élèves, car parfois cela peut devenir compliqué selon les groupes d'élèves et la fréquence des ateliers. A côté de ça, ça peut arriver qu'il y ait des super groupes et que ce soit très agréable de travailler avec ces groupes.

 

QJ : Dans ta situation actuelle, quels sont les points ou les éléments qui sont agréables ? Eventuellement d'autres aspects qui sont angoissants par exemple ou source d'incertitude ou source de désagrément ? Tout cela dans l'optique de présenter ta situation présente à un jeune mangaka, par exemple, qui voudrait se lancer dans les métiers du manga.

 

TB : Là où je ressens le plus de choses agréables, c'est quand je fais la création, mais cela dépend des planches car je peux avoir parfois plus d'affinité avec certaines planches et moins avec d'autres. Quand j'ai préparé un planning de planches à réaliser dans la semaine et quand je sens qu'il est à peu près respecté, là c'est agréable !

Généralement, j'arrive mieux à dessiner quand je sens que je suis dans les temps plutôt que quand je dois faire rapido. Généralement, je ressens alors davantage de sensations agréables et je dessine mieux quand je suis dans le lâcher prise.

 

QJ : Justement, cette question du lâcher prise, tu peux nous en dire un peu plus : en quoi ça correspond le lâcher prise ?, comment tu sais que tu es dans le lâcher prise ?, comment on y arrive dans le lâcher prise ?

 

TB : Alors cela dépend de bien sûr de chacun, mais je suis plus dans cette sensation de lâcher prise quand, par exemple, je me dis que je me suis fixé de faire tant de planches dans la semaine et que je les ai atteintes alors qu'il me reste un petit peu du temps. Là, je me dis « je vais faire une planche un peu comme ça, au-delà de mon planning initial et je me dis bon ben je la dessine ». J'ai alors moins la pression, parce que si ce que je dessine est bien, c'est bien. Par contre, si ce n'est pas bien, ce n'est pas bien mais c'est pas grave, car je suis dans les temps et même au-delà ; je suis en avance par rapport à ce que je m'étais fixé comme planning.

 

QJ : D’une façon générale, comment tu sais que tu es dans la sensation de lâcher prise ?

TB : Quand je commence à me mettre au travail,  il faut d'abord comme faire chauffer un moteur : au début, ce n'est pas évident de s'y remettre. Après, une fois qu'on est dedans, j’ai une meilleure sensation et c'est à ce moment-là, je pense, que je ressens un peu plus cette sensation de lâcher prise

 

QJ : Ca se traduit comment, dans ta production, quand tu es dans le lâcher prise ou quand tu es dans la contrainte ; c'est quoi la différence et s'il y en a une, dans ce que tu dessines ?

TB : Dans tous les cas, il y a un peu des deux états ensemble…

Il y a des moments où je suis plus motivé qu’à d'autres, mais ça peut m'arriver aussi que je ne sois pas toujours aussi constant. Je ne pense pas qu'on puisse être toujours content de tout ce qu'on fait : il y a toujours des moments où on est un peu moins content de ce que l'on fait

Après, de ne pas être content de ce que l’on fait, c'est une sorte d’état d'acceptation, puis, plus tard, ça rebascule dans l’état où on est content de ce que l’on fait.

C'est pour ça qu'il faut faire attention à cet état-là, de transition, parce qu'il y a plein de dessinateurs qui, une fois dans l'état de démotivation, préfèrent abandonner. Les dessinateurs qui croient que dans un projet, tout est super, que tout est lumineux ; moi, je ne ressens pas ça en tous cas.

Après, effectivement, la difficulté c'est peut-être de serrer les dents quand c'est plus compliqué : il y a des moments où on est fatigué, on a mal dormi, on est un peu malade, on a moins envie ou on a envie de faire d'autres choses. Je pense qu'il est important, au minimum, de respecter le cahier des charges que l'on s’est fixé. Si laisse passer deux trois semaines sans s’y mettre, je pense qu’ensuite, ça peut être compliqué ; à moins d'être très rapide, pour recoller au planning de production.

 

QJ : Justement, penses-tu que le fait de faire plusieurs activités à côté (donner des cours, participer à des festivals…), cela peut justement aider à maintenir la motivation ou à passer d'un état à un autre ? Par exemple, quand le travail de création semble un peu patiner, parce qu'il y a moins d'envie où il y a quelques difficultés…, le fait de faire des animations ou des festivals, ça permet de trouver son plaisir dans une autre activité et, au final, mieux revenir dans le travail de création en étant plus décontracté et après avoir lâcher-prise sur la création ?

TB : Effectivement, ça m'arrive aussi, parfois, avant de partir en festival ou en animation, d'avoir l'inspiration pour mon travail de mangaka et de me dire « mince, je dois partir maintenant ! » Le contraire aussi peut arriver aussi. A des moments, ça peut être bien aussi de lâcher l'activité de création, pour y revenir ensuite, car parfois c'est alors que l'on fait de meilleures choses. Du coup, comme tu dis, de faire d’autres activités, ça peut aider pendant les périodes de moindre envie et de moindre créativité.

Il y a des moments où quand je fais une pause, après, c'est plus facile de prendre du recul et cela devient alors plus évident de trouver les failles, les erreurs dans ce que j'ai dessiné auparavant.

 

 

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