• Mariama Sylla

"Petite histoire de l'ikebana"


Yumiko et Sylvain

Yumiko est professeur d’ikebana – école Sôgetsu et Sylvain auteur pour le théâtre


Ce livre est le fruit d’une collaboration avec la maître en ikebana Yumiko Nakamura, qui enseigne au sein de notre association artistique Art Levant depuis 2008.

Cela fait, pour ma part de nombreuses années que je m’intéressais à l’écriture, principalement théâtrale, et à l’art et à la culture japonaise, et il m’a semblé naturel, courant 2011, de travailler avec elle sur cet ouvrage en partant du constat qu’un ouvrage sur l’histoire de l’ikebana n’existait pas en langue française.

Certes, on compte un grand nombre de livres sur une école en particulier (généralement sur les trois grandes : Ikenobo, Ohara et Sôgetsu), sur les techniques d’arrangements floraux… ou bien des livres d’art se focalisant sur des photographies d’œuvres abouties… mais rien que venait exposer ce qu’est l’ikebana, comment il a évolué depuis au fil des siècles et comment il peut s’inscrire dans l’histoire de l’art japonais.

Du coup, l’ikebana peut apparaître rapidement comme un bloc monolithique. Bien sûr, on sait bien qu’il est composé de plusieurs écoles. Le public français connaît généralement bien les noms des trois principales : Ikenobo, Ohara et Sôgetsu, mais bien peu de gens sauraient dire leurs apports dans l’histoire de l’ikebana et en quoi leurs enseignements peuvent bien différer. En outre, beaucoup d'ouvrages soulignent trop fortement le caractère fortement traditionnel, profondément ancré dans l’Histoire la plus ancienne du Japon : l’ikebana serait la Tradition que l’on aime opposer à des formes artistiques plus contemporaines. On aime aussi, en Occident mais aussi parfois au Japon, le rattacher au bouddhisme Zen.


Bien sûr, il est possible de faire remonter les origines de l’ikebana à l’Antiquité (époque dite de Heian), bien sûr on peut souligner l’influence du bouddhisme zen dans l’évolution de l’ikebana à l’époque de Sen no Rikyu (16e siècle), mais l’ikebana d’aujourd’hui a aussi une jambe dans l’art contemporain : la démarche des fondateurs des écoles Ohara et Sôgetsu est proprement avant-gardiste. Peut-être même peut-on dire que Sôgetsu a créé les premières installations artistiques ? Et pendant une bonne partie du XXe siècle, l’ikebana est resté lié aux mouvements d’art contemporain avant-gardiste tel que Gutai.

Loin de nous l’idée de nier le caractère traditionnel de l’ikebana, toutefois, mais il nous a semblé important de le présenter comme un art vivant et non plus comme une forme artistique figée : l’ikebana est avant tout un média qui permet à l’artiste de s’exprimer ; il est ce que l’artiste ou le praticien veut bien qu’il soit.

Avec de tels idées en tête, le projet pouvait rapidement devenir très académique et entraîner les lecteurs (et les rédacteurs !) bien trop loin. Nous avons souhaité conserver un texte court (un peu moins d’une centaine de pages) : c’est donc bien sûr très insuffisant pour couvrir l’ensemble des questions que nous aurions pu aborder.


Écrire ce livre a été un grand plongeon dans l’histoire du Japon de l’époque de Heian jusqu’à l’époque contemporaine. C’est un domaine que j’avais déjà bien étudié dans le passé, mais pas aussi profondément et en tout cas pas dans le but de transmettre par écrit mes connaissances.

L’ikebana est par contre un domaine totalement nouveau pour moi, et j’ai réalisé au fil de l’écriture à quel point il fait partie intégrante de l’histoire de l’art du Japon. Cela serait exagéré peut-être, mais j’irais presqu’à dire qu’on ne peut comprendre profondément l’art japonais sans connaître l’histoire de l’ikebana.

Je ne me suis par contre pas personnellement intéressé aux aspects techniques ou proprement artistique : ces aspects-là ainsi que ceux faisant davantage appel au ressenti artistique, je les ai laissé à Yumiko Nakamura, maître de l’école Sôgetsu, et évidemment bien mieux placée que moi.

En outre, sa vision japonaise des choses était indispensable à l’élaboration d’un tel projet, à mon sens, et sa contribution au livre est bien plus importante que la mienne. Et le fait qu’elle soit également une artiste diplômée en art floral occidental et juge nationale française confère à sa vision un recul et une distanciation qui m’ont permis d’y voir plus clair. Personnellement mais, je crois également aux lecteurs, si j’en crois les élèves de ses ateliers.

Cela a été un très long projet : écrire à deux n’est pas toujours facile, et la recherche documentaire, l’accès aux sources en langue japonaise pas toujours aisée depuis Paris. De plus, il fallait faire aussi de longues parenthèses sur l’histoire du Japon, le contexte social de chaque époque, etc. car l’ikebana pas plus que n’importe quelle forme artistique ne peut pas s’expliquer indépendamment de son contexte. Au total, l’écriture a bien dû s’étaler sur une grosse année avec des périodes de rapides avancées et des périodes, bien plus nombreuses, de doutes tant sur la faisabilité que, surtout, sur le lectorat potentiel pour un tel ouvrage…

Mais le projet abouti, le livre publié, lorsque les premiers retours montrent un intérêt pour ce type de contenu et lorsqu’on nous fait même presque le reproche de n’avoir pas poussé plus loin dans le contenu académique, alors cela nous incite à penser à nous remettre à l’ouvrage et à réfléchir à une version augmentée dans quelques années. Mais dans l’intervalle nous souhaitons développer d’autres projets autour de l’ikebana, des expositions, des collaborations… et tout ce matériaux plus « personnel », moins académique, pourra alors peut-être être intégré dans un ouvrage plus complet. Les années à venir nous le diront.

« La Petite histoire de l’ikebana » de Yumiko Nakamura et Sylvain Kodama est notamment disponible sur la plateforme Amazon : http://www.amazon.fr/Livre-Ikebana-Format-Yumiko-Nakamura/dp/1291337490/ref=sr_1_1?s=books&ie=UTF8&qid=1368793843&sr=1-1&keywords=yumiko+nakamura&tag=6519986693-21


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