• Quartier Japon

David, un mangaka sur l’île de Saint-Pierre et Miquelon

Dernière mise à jour : 1 févr.

En avril 2017, Quartier Japon est contacté par la Directrice de la Bibliothèque Municipale de Saint-Pierre (à Saint-Pierre et Miquelon - 97).

Chaque année, la bibliothèque invite un intervenant extérieur à venir animer des rencontres dans ses locaux.

Pour l'automne 2017, l'équipe de la bibliothèque souhaitait proposer des rencontres avec un mangaka, pour présenter le manga à des scolaires et à des adultes.

Dans ce cadre, David a accepté avec joie et curiosité de laisser de côté ses animations habituelles sur la région parisienne, pour partir toute une semaine jusqu’à cette partie du territoire française située près du Canada et de Terre-Neuve.

QJ : Comment s’est passé ton séjour à Saint-Pierre ? Tu peux nous en parler, comme cela te vient ?

DD : C’était vraiment une belle expérience.

C’était la première où je prenais l’avion pour donner des cours de manga ! Depuis tout petit, je rêvais de faire un métier où je voyagerais et où je parcourrais le monde.

Grâce à ce projet, j’ai pu le faire et en plus, je suis parti en compagnie de Johanna, ma copine (ses frais étaient bien sûr à sa propre charge) Ainsi, c’était faire d’une pierre deux coups !

Avant de partir, j’avais un peu la pression. Les organisateurs avaient en effet mis beaucoup d’argent pour nous faire venir, entre le billet d’avion et l’hébergement… Pour se faire un ordre d’idée, pour son propre billet d’avion, Johanna a payé 1600 €. C’est super cher, car on passe par Montréal, au Canada ; il n’y a pas de vol direct.

En moi-même, je me demandais « Est-ce que je vais assurer ? » Depuis quelques années, j’ai un peu plus confiance en moi que par rapport au début, il y a 6 ans environ, quand on a commencé à travailler ensemble. Car j’ai de l’expérience maintenant, pour les ateliers et les stages de manga. Mais cette fois, j’avais un peu de crainte… Finalement, aussi bien les élèves que les filles de la bibliothèque de Saint-Pierre, tous étaient adorables !

Je compare mes premiers cours et maintenant : auparavant, à chaque fois qu’approchait un cours de manga, je stressais et je me posais des questions… Je n’avais pas confiance en moi, mais je cherchais à le cacher, à travers ma bonne humeur, des blagues que je faisais...

QJ : Y avait-il aussi une autre raison, à ce que tu stressais un peu avant de partir à Saint-Pierre ?

DD : En gros, c’est comme je l’ai dit plus tôt

Après, le fait de donner des cours, ça ne me stresse plus : je me dis que je vais me donner à fond, comme je le fais pour les élèves à Paris. Et ça c’est bien passé. Je voulais aussi que les filles de la bibliothèque soient contentes de nous avoir faits venir, moi et Quartier Japon, que je représentais. Je représentais Quartier Japon et c’est une image ; pour cela, il fallait que j’assure.

QJ : Ta semaine, ça c’est passé comment ?

DD : J’ai enchaîné les cours ! Ce n’était d’ailleurs pas évident d’enchaîner autant de cours ! Par jours, il y avait 3-4 cours, chacun d’1h30. Mercredi a été la journée la plus dure, puisque c’était de 8h30 jusqu’à 22h. Mais j’avais toute l’après-midi de libre pour me reposer. En fait, le soir, le dernier cours de20h30 à 22H, c’était pour les adultes.

QJ : C’était quel type d’atelier pour les adultes ?

DD : Avant l’atelier, je ne connaissais pas trop leur niveau. D’habitude, en début d’intervention, je commence en discutant avec les participants, pour faire connaissance, connaître leurs goûts en matière de manga. En fait, cela me permet de voir s’ils connaissent ou pas le manga, selon le type de manga qu’ils évoquent. Ensuite, si je pense que ce sont des débutants, je commence par leur proposer de dessiner le portrait en manga, car c’est facile et aussi, parce qu’une fois qu’ils en ont fait un, ils sont fiers d’eux-mêmes et de ce qu’ils ont réussi à faire.

Il y a eu un autre cours avec des jeunes ado, qui s’y connaissaient bien en manga. Avec eux, nous sommes allés plus loin : nous avons fait le portrait, mais aussi le corps, en postures dynamiques. Ce n’était certes pas facile, mais je leur ai dit que même s’ils ont galéré pendant le cours, ils vont ensuite progresser.


QJ : Au total, tu as fait combien d’interventions ?

DD : 90 %, c’était avec des collégiens, de la classe de 6ème à la classe de 3ème. Il y a eu aussi 2 groupes de primaires, pour lesquels j’ai proposé des ateliers plus simples : dessiner des mascottes. Car souvent, ils ne connaissent pas trop le manga sauf Pokemon. Je leur ai donc appris à faire des mascottes, des Pokémons

Les cours sur les mascottes et sur les portraits, ce sont deux cours où même un débutant peut réussir et sortir avec un dessin fini. Je le leur disais d’ailleurs, à ceux qui ne savaient pas dessiner, que l’objectif du cours était qu’ils ressortent du cours avec un dessin fini.

Des cours adultes, il y en a eu 2 : le premier le mercredi soir et le second, le vendredi soir. C’était des adultes de la génération du Club Dorothée, donc ils ont un autre regard sur le manga, par rapport aux mangas que voient les jeunes d’aujourd’hui. Moi aussi, j’ai grandi avec le Club Dorothée et d’en parler avec eux, comme des séries qu’ils voyaient à l’époque, cela me rappelait des souvenirs.


QJ : Et il y a eu aussi d’autres faits marquants ?

DD : Les interviews ! : un pour le journal TV, avec la chaine de Saint-Pierre et Miquelon, et un pour la radio locale.

En fait, je n’étais pas au courant avant l’interview pour la TV que l’allais passer en direct dans le JT du 20h, le premier jour de mes interventions. La directrice de la bibliothèque de Saint-Pierre me l’avait proposé et j’ai dit oui. Elle m’avait aussi donné une mission : parler de la bibliothèque et surtout faire de la publicité pour le cours des adultes, car il y avait peu d’inscrits pour le cours du mercredi soir. Les cours pour les enfants et les adolescents étaient, par contre, déjà remplis. Donc, je devais faire de la pub pendant le JT. J’ai un peu échoué.

Pendant le JT, je voulais parler de deux choses et j’en avais parlé avec la journaliste en préparant l’interview : je voulais parler de la bibliothèque de Saint-Pierre, à l’origine du projet, et en remercier l’équipe. Je voulais aussi annoncer le cours pour les adultes. Et je voulais parler de Quartier Japon, car c’est grâce à Quartier Japon que je suis venu.

Mais je n’ai pas pu, car les questions de la journaliste ne m’ont pas permis d’en parler. Je pensais qu’elle allait laisser un temps à la fin de l’interview pour me permettre d’en parler… Mais en fait, c’était surtout pour parler de la venue d’un mangaka à Saint-Pierre qu’elle avait organisé cette interview.

Heureusement, à la fin, la journaliste a donné les horaires des cours mais sans parler qu’il restait des places. Et après le JT, il y a eu pas mal d’inscrits, de la part de jeunes motivés.


QJ : Tu as vécu comment, cette interview et sa préparation ?

DD : C’était une première ! Très stressant, car j’étais en direct : je devais faire attention à ce que je disais. Je passe très mal derrière la caméra, mais heureusement, Johanna était là pour me donner des conseils et pour me déstresser et me soutenir. Je voyais dans ses yeux qu’elle était fière de moi et ça m’a aidé. On avait aussi discuté avec la journaliste avant l’interview et j’avais vu qu’elle était sympa et cela m’a rassuré. J’ai essayé de cacher mon stress le plus possible.

Après l’interview, j’ai eu pas mal de retour. Tous les jeunes adultes sont réunis derrière leur écran pour voir le JT le soir. Et aussi, il avait été fait beaucoup de pub pour notre venue, la venue de Quartier Japon et d’un mangaka et tous les jeunes attendaient cela ^^

Ils n’ont pas la chance d’avoir des cours de dessin de manga sur l’île, ni de boutiques en rapport avec le manga et le Japon. Ils n’ont aucun cours, même de dessin et ils attendaient vraiment l’évènement.

Donc, cette semaine était LEUR semaine à eux, pour découvrir le manga et le Japon. Il y a eu un cours, qui a réuni des jeunes filles, qui ont un Club Japon et elles m’ont posé plein de questions ; une petite interview. C’était adorable. A la fin des cours, comme je le fais à Paris, j’ai organisé des petits jeux, et j’avais apporté avec moi des poster pour donner aux gagnants. C’était vraiment sympa !


QJ : Tu as parlé de ce que cela a apporté aux gens. Est-ce qu’il y a autre chose que tu voudrais, que, toi, tu as ressenti ?

DD : Comme ici à Paris ou chez Quartier Japon, c’est pour moi un pur bonheur de transmettre ma passion et mon univers à travers les cours, de voir des jeunes à fond sur le manga et des jeunes qui ne connaissaient rien au manga et qui, après le cours, ont envie de dessiner et de lire des mangas.

C’était un peu le but, d’ailleurs, de ma venue à Saint-Pierre, le pourquoi la bibliothèque nous a fait venir. Pour qu’on parle de tous les mangas et des différents genres de manga qui existent et que les jeunes s’ouvrent de plus en plus. J’ai vu leur bibliothèque et ils ont pas mal de manga, ils ont un bon budget pour l’achat de manga. C’était pour donner envie à ceux qui ne connaissent pas le manga ou certains genres de manga, de s’y intéresser.

Même ici, à Paris, l’objectif des cours que je fais, c’est de montrer aux participants que tout est possible. Quand ils arrivent en début du cours, ils disent souvent « moi, je ne sais pas dessiner », ils sont toujours négatifs. Mais quand ils repartent, ils sont fiers de ce qu’ils ont dessiné. C’est une grande fierté pour moi.


QJ : Tu as beaucoup dit comment toi tu les avais perçu, les gens de Saint-Pierre ? Dans l’autre sens, les gens t’ont vu comment ?

DD : Pas comme une star, mais ils attendaient cette rencontre. Chaque cours était d’1h30, ce qui était court, car on parlait beaucoup au début et cela laissait moins de temps pour finir les dessiner, notamment pas de temps pour finir la couleur. Mais, le but de ces ateliers, c’était bien de parler, de discuter et d’échanger autour du manga et du Japon !

Comme j’étais passé dans le JT, les gens me reconnaissaient dans la rue, au restaurant… Sur l’île, on dit bonjour à tout le monde et quand j’arrivais au restaurant, les gens me disaient « Ah, c’est toi qui est passé au JT !? ». J’en profitais pour faire de la pub pour le cours adultes du mercredi soir… Un serveur du restaurant n’était pas au courant qu’il y avait aussi des cours pour adultes. Et il est venu au cours ^^


QJ : A chaud, t’en retires quoi de cette expérience ?

DD : Personnellement, cela me donne encore plus confiance en moi, par rapport aux cours de manga, au sens où cela me procure encore plus d’énergie, pour donner aux jeunes est comme pour les plus grands.

On a discuté avec directrice de la bibliothèque, à la fin de la semaine. Elle était méga contente : tous les jours, elle se redisait qu’ils avaient vraiment bien fait de faire appel à Quartier Japon et donc à moi. Car elle se rendait compte, chaque jour, du résultat des cours auprès des enfants, qui étaient contents en repartant des cours et c’est ce que confirmaient les retours de leurs professeurs.


QJ : Saint-Pierre, c’est comment ?

DD : Le paysage était beau, les maisons sont colorées avec plein de couleurs. Comme il manque du soleil, les habitants essayent de donner du bonheur en mettant de la couleur aux maisons. Les gens sont vraiment sympa et ça dépayse. C’est vraiment différent de Paris et ça m’a fait une bonne coupure.


QJ : T’as dessiné ?

DD : Quand je rentrais à l’hôtel, j’étais claqué donc dodo direct. Car on commençait tôt les cours le matin. Souvent, on m’avait laissé libre l’après-midi, à 16h. Le soleil se couchait tôt, vers 16h.

Je dessinais forcément pendant les cours, pour présenter le manga et dessiner des portraits, des personnages….


QJ : Tu vas dessiner sur Saint-Pierre une fois de retour à Paris ?

DD : Le paysage m’a donné des idées, m’a inspiré.

Pendant la formation de mangaka, chez Quartier Japon, on est sur le dessin du tome 3 du fanzine et moi aussi, je dessine mes planches. Cela m’a donné des idées, pour des ambiances, des décors, des paysages et des architectures.

J’avais d’ailleurs apporté avec moi le fanzine Tome 2 et Tome 1, à Saint-Pierre la bas et je les leur ai montrés et cela les a motivés ! Chaque fois, je prenais l’exemple d’Eric : je leur parlais d’Eric et leur montrait ses planches pour le Tome 1 du fanzine. Je leur racontais son sentiment d’échec et sa déception face à ce qu’il avait pu produire. Puis, je leur montrais les planches qu’il avait retouchées un an plus tard, pour le Tome 2 du fanzine et je leur disais toute la joie et la fierté d’Eric face à ce qu’il était parvenu à faire. Les élèves étaient émerveillés et motivés.


QJ : Tu souhaites ajouter autre chose ?

DD : J’ai hâte de les revoir, les gens de Saint-Pierre et d’aller plus loin avec eux. Si on avait de nouveau la chance d’y retourner, je les ferais aller plus loin dans leurs réalisations. Cette fois, ce serait un même groupe, un stage que je proposerais de faire pour un même groupe, pour qu’à la fin du stage ils aient fait des planches manga pour dessiner un fanzine. Je donnerais ainsi l’impulsion à un groupe et, une fois que je serais reparti, ces personnes relais prendraient la suite pour donner l’envie aux autres et encadrer les autres personnes qui n’auraient pas pu participer au stage.

Ca m’a fait un bien fou cette semaine et cette expérience, car ça change de ce que j’ai toujours fait depuis le début. C’est rafraichissant, palpitant. Pour mes cours, je pensais avoir tout fait et finalement non.


Photos du séjour sur la page Facebook de David


Article paru initialement le 24/11/2017

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