• Mariama Sylla

Covid 19, l'autocontrôle des Japonais


1ère anecdote

A l'issue du premier déconfinement, fin juin 2020, une amie japonaise avait souhaité retourner au Japon, à Kyôtô, comme chaque année, pour y passer les deux mois de l'été avec sa grande fille, avant d'être rejointe par son mari français début août.


Face à la situation sanitaire compliquée, elle avait finalement pu trouver un vol, qui lui permettait de retourner dans sa famille, début août.

Seule avec sa fille, car le mari français ne pouvait alors pas rentrer sur le sol japonais sans passer deux semaines de quarantaines (sur les 3 semaines prévues), elle aurait pu effectuer son voyage et son séjour.

A l'arrivée à l'aéroport d'Osaka, son beau-frère serait venu les chercher dans son véhicule privatisé, pour les conduire jusque dans leur maison de Kyôto. Elle y serait ensuite restée deux semaines à l'isolement, ses parents âgés habitant séparément, dans la maison d'en face. La connaissant, elle aurait respecté scrupuleusement les mesures sanitaires et de distanciation fortement recommandées par les autorités. Cette fois, après deux report de leur séjour, du fait de l'annulation des vols par les compagnies aériennes, elles auraient pu se rendre au Japon. D'autant que le papa de mon amie étant très malade, ce séjour était considéré par sa fille comme peut-être la dernière chance de pouvoir voir son papa en vie. Finalement, sa maman lui avait demandé au bout du compte, de renoncer à son voyage. Pourquoi ? Finalement, ce n'était pas tant la maman ni la famille de la soeur de mon amie qui auraient été contre, bien au contraire !

Néanmoins, à contre-coeur, la maman avait préféré faire le choix de demander à sa fille de ne pas venir. La raison invoquée : après leur retour en France, à l'issue de leur venue à Kyôto, si dans le voisinage des cas de Corona virus se déclaraient, chacun des voisins aurait pu incriminer cette fille d'ici qui était venue de France et aurait apporté avec elle le Corona virus ! "c'est la fille X, qui a apporté le virus. C'est son égoïsme et celui de sa famille qui nous ont apporté la maladie.". "Ils n'ont pas pensé au groupe...." A coup sûr, sa famille aurait été immanquablement blâmée et mise au ban de la communauté...

2nde anecdote

Je faisais, ce mardi 24 novembre, notre échange linguistique hebdomadaire à distance, avec Y., qui habite à 1h45 au sud de Tôkyô. Dans le courant de notre échange, je lui demandais comment était la situation au Japon et particulièrement à Tôkyô, du fait de l'épidémie de Covid." Y a-t-il comme en France des interdictions d'ouvrir pour les commerces non essentiels ? Y a-t-il aussi comme en France une limitation de sortie à 1h et à 1km de chez soi ? ... ?


"Tous les magasins sont ouverts, Y. m'expliqua.

Bien sûr, dans les transports en commun, tous portent le masque.

Une fois dehors, dans la rue, il y a des personnes qui ne portent pas le masque."

Face à mon étonnement, elle poursuivit :

"Le gouvernement n'interdit pas aux commerces d'ouvrir.

Il n'oblige rien mais il laisse le choix à chacun."

Mais, rapidement, elle ajouta :

"Les restaurants, les izakaya, sont ouverts, mais il n'y a personne.

Les magasins sont tous ouverts comme d'habitude, mais il n'y a pas de client.

Dans la rue, si quelqu'un de porte pas le masque, tout le monde le regarde, avec insistance.

Si quelqu'un va dans une boutique, les gens le regardent et se disent entre eux "Tu vois cette personne, pourquoi elle rentre ici ?! Pourquoi elle va dans ce magasin ?!...

Elle pense d'abord à elle... Elle ne pense pas au groupe..."

De cette façon, même si officiellement tout le monde peut faire comme il le souhaite et que le gouvernement n'interdit rien, chacun s'autocontrôle, voire s'autocensure. Par crainte du qu'en dira-t-on, du regard des autres et du groupe. Par peur d'être mis à l'index du groupe.


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