• Quartier Japon

Comment dessiner une coupe de cheveux manga, au chevet de jeunes malades chauves ?

Dernière mise à jour : 1 févr.

Lundi 9 novembre 2020, s'est déroulé le premier atelier manga, d'une série de trois ateliers, au bénéfice d'adolescents hospitalisés dans le service d'hématologie de l'hôpital Saint-Louis, à Paris.

Initialement, ces ateliers auraient dû se dérouler au sein du service, comme cela avait été le cas en 2019. Mais du fait des mesures de confinement en raison de l'épidémie de Coronavirus, et pour ne pas perdre ces ateliers, Quartier Japon avait proposé de les réaliser en distanciel.

Après estimation de la faisabilité, notre interlocuteur, Animateur Socio-culturel au sein de l'hôpital Saint-Louis, avait accepté de tenter l'expérience.

Suite à ce premier atelier, celui-ci, nous adressa son retour, plus qu'enthousiaste :

"L'atelier s'est très très bien passé. Les jeunes étaient très intéressés, très branchés manga. L'atelier a duré un peu plus que 2h.

Ils ont voulu avoir des contacts après l'atelier et je leur ai communiqué les coordonnées de Quartier Japon. Ils ont aussi trouvé David très sympa.

L'atelier a vraiment beaucoup plu et nous attendons à présent avec impatience les prochains ateliers."


De le lire, cela me fit me rappeler un échange avec David, à la suite de sa première animation dans ce même service, en novembre 2012. David était alors intervenant dans un espace commun du service mais également dans les chambres, stériles, de quelques jeunes patients. Alors âgé de moins de 30 ans, et confronté pour la première fois à une telle situation, émotionnellement forte, David m'avait ensuite fait le retour suivant :

Arrivé dans les chambres, après avoir dû revêtir une tenue stérile, il s'était retrouvé au chevet de ces jeunes, dans leur lit, fatigué, en traitement, et sans plus de cheveux. Le crane à nu, voir couvert d'un bonnet, pour leur éviter d'avoir froid à la tête.

Dans le manga et l'animé, les personnages sont généralement plein de cheveux, qui plus est, des coiffures plutôt marquées. La chevelure et la coiffure sont ainsi des traits marquants et un trait à part entière du personnage.

Dans le dessin d'un visage manga, le choix de la coupe de cheveux et son dessin sont des éléments essentiels.


Mais face à ces jeunes, malades d'une pathologie qui peut faire peur, comment faire ? Parler et leur demander de dessiner des cheveux, n'est-ce pas leur renvoyer qu'eux-mêmes n'en ont plus ? Que la maladie, via son traitement, les en a privé ? C'est leur rappeler leur état et leur maladie ?...

Comment faire ? Leur proposer de dessiner un personnage sans cheveux, un crâne chauve, la encore, c'est leur renvoyer leur image et leur état. C'est peut-être même pire ? Comment faire ?

Et pas moyen de demander conseil, car David était seul avec le jeune, dans la chambre. Et pas moyen de le faire attendre, car là encore, son embarras se serait aussitôt communiqué au jeune.


Finalement, David se lança, décidant de faire comme habituellement, comme avec n'importe quel autre interlocuteur. Foin de son état, foin de savoir qu'il était atteints d'un cancer, foin de savoir qu'il était en traitement et qu'il n'avait plus de cheveux. Son interlocuteur était un jeune, passionné de manga. Certes un jeune en position de faiblesse, mais qu'il lui fallait d'autant aider, lui donner un l'occasion de vivre un bon moment et d'oublier sa maladie !


David fit donc comme habituellement, en expliquant chacune des étapes de la construction d'un visage manga. Forcément, il aborda la question des cheveux et du choix de la coupe.

Et les jeunes, tout autant dans le même élan que David, ne s'en offusquèrent absolument pas. Ils plaisantèrent même de leur tête sans cheveux, de la chevelure qui était la leur et qu'ils avaient perdue. Avec David, ils saisirent même l'opportunité de la situation, pour parler de la coupe de cheveux qu'ils aimeraient avoir, de celle qu'ils auront plus tard, quand ils seront guéris.

Finalement, chacun d'entre eux se dessina avec une coupe de cheveux, plus ou moins excentrique !

Fort de cette expérience, David ne se pose désormais plus la question à l'occasion de ses ateliers, en milieu hospitalier comme dans n'importe quelle autre situation. Il considère ses élèves de la même façon, tous comme lui passionnés par le même sujet : le manga !

Ainsi, à travers cette expérience, une fois de plus, j'ai la confirmation que le manga peut être un très bon vecteur, pour permettre de toucher le cours et réveiller la créativité de jeunes patients, cette fois-ci, comme c'est également le cas pour de nombreux autres interlocuteurs : des enfants, des adolescents en manque de confiance en eux, des jeunes des Apprentis d'Auteuil ou autres classes relais, en manque de repères, de personnes incarcérées...

Article paru initialement le 12/11/2020

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