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Les distances des Japonais

J’avais commencé cet article début mars 2020, si ma mémoire est bonne, après avoir pour moi-même ressenti la réalité de la distance avec ce qui m’entoure.

Stéphane - Responsable de Quartier Japon

Finalement, à l’heure où la France est en confinement, 15 jours plus tard, la notion de la distance est mise sur le devant et désormais plus investie que jusqu’à présent. Et mon texte se trouve encore plus actuel.


La distance innée ?

Il y a plusieurs années, à l’occasion de mon second séjour au Japon, j’ai traversé la gare la plus fréquentée du monde, Shinjuku, en pleine heure de pointe, depuis une barrière de contrôle jusqu’au couloir menant au quai du métro, sans aucun contact avec les innombrables personnes autour de moi. Et sans rien changer à mon rythme de marche, comme si chacune des personnes autour de moi avait un système de gestion des distances intégré !!

Je repense souvent à cette expérience du printemps 2014. Je venais alors de prendre congé d’un ami japonais, qui m’avait raccompagné jusqu’aux portiques d’entrée dans la gare.

Comment était-ce possible ? Je n’avais jamais eu auparavant cette sensation de me mouvoir ainsi fluidement, comme un poisson dans l’eau, mais au milieu d’une foule d’humains, sur terre...

Depuis, j’essaye de me retrouver dans ce même état interne quand je traverse des gares parisiennes, plus petites, ou d’autres endroits pareillement bondés. Si je suis « dans cet état interne d’être avec moi-même », parfois cela fonctionne et je ne rencontre aucun contact physique avec autrui, ceci sans avoir à modifier mon rythme et donc sans avoir à « me brancher » sur la longueur d’onde d’un quelconque autre autour de moi, au détriment de la mienne.

Qu’est-ce que ça veut dire ?, vous pouvez vous le demander…

Un exemple, quand on fait la queue, au magasin comme ailleurs. Ceux qui ont fait cette expérience au Japon, vous saurez intellectuellement et émotionnellement ce que je veux dire : en France, de toujours surveiller un quelconque autre impoli qui chercherait à vous dépasser, cela mobilise une partie de notre attention et de nos énergies. En une sorte de réflexe quasi inné dû à l’activité de notre cerveau reptilien.

Au Japon, où quasiment chacun sait être à sa place, cette position « de défense » n’est pas nécessaire et, de la sorte, on peut ainsi être tranquille à attendre. Notre attention pourra se laisser toucher par autre chose qui nous viendra de notre environnement et nos énergies ne seront pas bloquées mais circuleront fluidement.




Les distances, ça s’apprend, comme le respect

Comme chacun sait où est sa place et celles des autres et que majoritairement cela est respecté, chacun peut évoluer tranquillement dans ce cadre fixé et respecté. Mais cela implique que chacun ait et respecte ce même code de savoir être avec les autres.

Cette anecdote me rappelle la réponse de plusieurs amies japonaises, à une enquête que je leur avais proposée : « Qu’est-ce qui vous manque le plus du Japon en France, où vous habitez depuis longtemps ? ».

« Vous les Français, vous ne pensez pas aux autres quand vous marchez dehors ! », m’avaient répondu deux d’entre elles.


« Sur le trottoir, vous marchez de front, bloquant le passage aux autres qui voudraient vous dépasser. Et c’est parfois compliqué de vous faire vous déplacer et vous mettre les uns derrière les autres, pour laisser le passage aux personnes derrière vous ! Parfois même vous rouspétez !

Aussi, vous vous arrêtez pile en haut des escalators, sans vous mettre de côté pour laisser le passage aux gens qui arrivent par l’escalator. Ce n’est pas possible, ça, au Japon !! ».


Ces comportements, en effet, sont mal vécus par les Japonais, qui sont habitués dès leur plus jeune âge à prendre en considération les autres. Chacun sait quelle est sa place et comment il doit se positionner, d’autant plus pour faciliter la circulation des autres.

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